jeudi 18 décembre 2014

Bilan 2014 : du mieux quand même ?

2014 : des éclaircies à venir pour le BTP ? (source : wikimedia.org)

Nous pouvons avancer, ironiquement, que 2014 restera dans les annales pour les changements politiques qui sont advenus (et qui étaient plus que nécessaires), du fait - pour partie - de la prise de conscience de la crise réelle que vit le secteur. Aussi, même si la baisse de l’activité continue, ces facteurs exogènes pourraient changer la donne. Ce qui donnerait une stabilisation de l’activité au premier semestre 2015 pour réamorcer la pompe en fin d’année et en 2016.

Toutefois, des bémols existent : la crise a la particularité de forcer les acteurs à s'adapter mais aussi de changer les mentalités. Le secteur de l’immobilier n’y échappe pas. Il serait donc faux de croire que la reprise, même fragile, s’accompagne d’un « retour à la normale », c’est-à-dire des habitudes d’avant. D’autre part, même si le secteur de la construction peut entrevoir des éclaircies, les travaux publics, quant à eux, verront le marasme se renforcer.

jeudi 11 décembre 2014

La ville intelligente : vers une redistribution des rôles entre politiques, entreprises et citoyens ?

La ville intelligente : beau concept et gros enjeux (source : philippe-allard.be)

Passée de 2,2 à 3,7 milliards entre 1990 et 2013, la population urbaine mondiale continue de progresser et devrait atteindre quelques 6,2 milliards d’habitants d’ici 2050, soit deux tiers de la population totale. Si cet exode rural sera en partie absorbé par l’extension des villes, il le sera également par l’entassement des populations, c’est-à-dire la hausse de la densité : multiplication des gratte-ciels d’habitation, réaménagement des espaces… Au final, la ville de demain devra donc accueillir (beaucoup) plus d’habitants alors même qu’elle semble aujourd’hui étouffer de plus en plus entre pollution, embouteillages et engorgement des transports.

Toutefois, une lueur d’espoir aux contours assez floue semble émerger à travers le concept de « smart city » ou « ville intelligente ». Tout comme les nouvelles technologies ont révolutionné notre façon de travailler ou d’interagir, les nouvelles technologies auraient le pouvoir de réinventer la ville de demain : les problématiques de pollution, de mobilité ou encore de sécurité pourraient ainsi trouver des solutions grâce au « tout connecté ».

Cependant, la ville intelligente ne se résume pas seulement à des problématiques énergétiques ou sécuritaires. Derrière la collecte des données, se cachent également des investissements nécessaires et des marchés gigantesques, et donc une marchandisation de l’espace. D’une aire géographique gérée par les politiques, la ville deviendrait donc, au moins en partie, un marché géré par les entreprises. De quoi chambouler l’ordre jusque-là établi.

vendredi 5 décembre 2014

Les recours collectifs dans l’immobilier

Les actions de groupe sont enfin reconnues dans le droit français (source : radioscoop.com)

Chirac (en 2005 et en 2007) et Sarkozy (en 2012) avaient demandé à leur gouvernement de la créer. Sans succès. Véritable Arlésienne législative en France, le recours collectif – aussi appelé action de groupe ou class action – a finalement été voté par le parlement en février 2014, sous l’impulsion de Benoît Hamon, alors ministre de la Consommation.

Pour l’instant, l’action de groupe reste très encadrée : ne porte que sur le droit à la consommation et à la concurrence, rôle central du juge mais surtout de l’association de consommateurs. Pas de dévoiement donc, pour le moment. Mais l’avenir peut nous réserver des surprises. 

L’action de groupe à la française

Introduite dans le droit français en février 2014, applicable depuis le 1er octobre, l’action de groupe vise à rééquilibrer les relations entre les consommateurs et les entreprises, en donnant aux premiers plus de pouvoir en cas de litiges avec les seconds.

jeudi 27 novembre 2014

Les casseroles du BTP

Les acteurs du BTP pris dans leur double discours (source : Les Échos)


La profession est généralement dans son bon droit quand elle défend ses intérêts. Et ces dernières années, la durée et la dureté de la crise ne lui ont rien épargné. Pis, les représentants professionnels – jusqu’au « simple » salarié – étaient surtout déconcertés par le manque d’écoute, pour ne pas dire le mépris, dont ils faisaient l’objet de la part des pouvoirs publics. Aussi, même si les choses s’améliorent aujourd’hui, les effets négatifs diffus de la crise ainsi que le manque de concertation par le passé ont durablement sapé la confiance qui doit obligatoirement exister entre le privé et le public.

Néanmoins, cette stratégie d’apitoiement choisie par défaut par les acteurs de la profession ces deux dernières années ne peut être pérennisée. D’une part, parce qu’il faut aller de l’avant. D’autre part, parce les contradictions entre le discours et la réalité commencent à faire jour… et à faire tâche. Aussi, les lamentations récurrentes (trop d’impôts, trop de bureaucratie, trop de normes, trop de tout !) devraient laisser la place à une analyse raisonnée de la situation, pour le bien de tous.

La situation l’exige : d’une part, les artisans et PME n’en peuvent plus d’être la continuelle variable d’ajustement des cycles économiques, alors que les grandes entreprises et leur porte-voix se cachent derrière leurs doubles discours. D’autre part, l’image de la profession pourrait être durablement abîmée, au regard des casseroles que trainent certains. Pour résumer, il est grand temps que cela cesse. Etat des lieux.

mardi 18 novembre 2014

Qui comprend le marché immobilier actuellement ?

Darwin appliqué au secteur de l'immobilier (source : dessinemoileco.com) 

Bien malin les professionnels qui s’essaient à « l’immobilier fiction », c’est-à-dire à deviner les tendances du marché dans les prochains mois. Au mieux, ils s’aventurent à trois mois – six tout au plus – et sur un terrain qu’ils connaissent déjà (Paris intra-muros… et encore). Tout le monde s’accorde pour dire que les prix sont élevés, posant la question de leur encadrement… et de la pertinence de cette politique. En effet, pourquoi encadrer si les prix baissent ?

En vrai, la difficulté est de comprendre la tendance, l’évolution des prix. Et au risque de perturber les experts pour qui c’est le métier, il faut dire qu’on ne sait pas actuellement si les prix sont à la hausse ou à la baisse… Évacuons donc ce problème et parlons plutôt des intentions des demandeurs (acheteurs ou locataires), c'est-à-dire des perceptions qu’ils ont du secteur.

Ainsi, même si le logement est une des problématiques centrales des Français, deux études viennent conforter le grand retournement sociétal actuel : le souhait des Français d'accéder à la propriété se fracasse contre les réalités actuelles. Les intentions d’achats immobiliers à six mois sont en repli et le nouveau profil-type de l’emprunteur met en exergue son attentisme. Au risque de remettre en cause le modèle d’activité de bon nombre d’acteurs historiques.

jeudi 6 novembre 2014

De l’importance des infrastructures, thermomètre de l’attractivité d’un pays

Les infrastructures, premier déterminant de l'attractivité d'un pays ? 
(source : http://www.siemens.com.br)

Les infrastructures se définissent comme étant les installations nécessaires à une collectivité. Toutefois, cette dernière évoluant, les équipements sont eux aussi amenés à se transformer, quantitativement et qualitativement. Ainsi, une collectivité dans un pays en développement n’aura pas les mêmes (besoins en) infrastructures qu’un pays développé. De plus, au-delà de la richesse, la géographie et le climat sont également un déterminant dans la définition des infrastructures nécessaires.

Par ailleurs, les équipements évoluent avec le temps : d’une part, les infrastructures en place se dégradent ; d’autre part, il existe de nouvelles demandes en équipement au fur et à mesure des progrès de la science (santé, technologies de l’information…) mais aussi des besoins primaires des individus. Par exemple, Internet est devenu un enjeu majeur pour le devenir économique – et donc politique – des différents pays. Ainsi, le Wi-Fi est désormais considéré comme un service essentiel comme l’eau ou l’électricité. Inversement, les infrastructures de télécommunications basées sur les câbles souterrains pourraient être, à l’avenir, moins indispensables. De même, le développement de la voiture électrique suppose le déploiement de bornes de recharge. Aussi, pour en amplifier l’extension, l’Etat a promulgué une loi, en août 2014, faisant de la construction de cette infrastructure nouvelle un impératif.  

Toutefois, il faut bien se garder de croire que l’émergence et l’affirmation de la nouvelle économie, cette économie dématérialisée basée sur Internet, ait pour corollaire le déclassement de l’économie réelle. Bien au contraire. Le tout numérique est une chimère et l’immatérielle ne peut apporter ses bienfaits que si les infrastructures « en dur » sont construites et entretenues. Là est la vraie problématique, avec une autre sous-jacente : celle concernant leur financement.

mercredi 29 octobre 2014

Financement participatif et immobilier : the next big thing ?

Le financement participatif est-il adaptable au marché immobilier ? (source : www.latribune.fr)

A écouter certains observateurs dans les conférences sur le sujet, le financement participatif serait une révolution qui va changer non seulement la manière de faire mais aussi les manières d’interagir entre les protagonistes. Concernant le crowdfunding appliqué à l’immobilier, les nouveaux acteurs véhiculent déjà leur storytelling charmeur et charmant quand d’autres y voient d’ors et déjà le fossoyeur de leurs rentes. 

Nouvel avatar de ce Web social qui émerveille ou affole, le crowdfunding immobilier mérite de s’y intéresser, de se saisir du phénomène et de leur faire fructifier. Mais il ne faut pas non plus oublier qu’au geste « participatif » vient se greffer la notion de retour sur investissement… Aussi, à l’origine proche de la sphère religieuse et caritative, le financement participatif est devenu un business qui pourrait remodeler les différents périmètres d’activités des acteurs historiques et leur place dans la chaîne de valeur. 

Idée ancienne, développement nouveau

Le crowdfunding ou financement participatif est un mode de financement de projets par le public. Les fonds récoltés, généralement de faibles montants et auprès de nombreuses personnes, permettent de financer un projet artistique ou entrepreneurial. Historiquement apparu en Angleterre au XVIIIème siècle, dans les communautés souhaitant financer des actions de charité, le financement participatif s’est fortement développé ces dernières années grâce à Internet et au développement des réseaux sociaux.

jeudi 23 octobre 2014

Le logement, préoccupation majeure des Français : le scoring pour l’atténuer ?

Le logement, une des grandes inquiétudes des Français (source : observatoire-axa.fr)

Historiquement, la sécurité et la situation économique ont été les deux grandes préoccupations des Français. Ce qui est parfaitement compréhensible puisque cela touche aux besoins primaires de l’être humain : se sentir protéger, obtenir les ressources financières pour mener sa vie.

Apparaît toutefois, depuis trois ou quatre ans, une nouvelle inquiétude : la difficulté de se loger. Les raisons en sont simples : l’augmentation continuelle des prix de l'immobilier et des loyers couplée à la crise économique. A cela s’ajoute les gros titres des journaux sur les comportements d’hommes et femmes politiques, vivant indument dans des logements sociaux alors qu’il y a un engorgement des demandes pour très peu de places. Pour remédier à ces maux, le « scoring », comme processus d’attribution transparent et efficace de logements à loyer modéré, fait florès… mais officialise surtout une manière de gérer la pénurie.  

Une préoccupation majeure des Français…

En 2011, l’étude IPSOS/Nexity met en exergue le logement comme un des enjeux grandissants dans les années à venir, concomitamment avec les questions économiques (chômage et pouvoir d’achat). Les catégories socio-professionnelles les plus focalisées sur ces enjeux sont, sans surprise, les jeunes, les locataires et les ménages aux revenus modestes.

mercredi 15 octobre 2014

La voiture et la ville : je t’aime – moi non plus ?

Transport multimodal Voiture / Bus / Vélo – Crédit : ville de Münster – Allemagne
(source : http://tout-metz.com/)

Métro et tramway, depuis la fin des années 1970, vélib’ et autolib’ dans les années 2000… Depuis une quarantaine d’années maintenant, l’offre globale de transport se diversifie fortement dans les villes. Si, au départ, cette politique volontariste impulsée par l’Etat vise à désengorger les hypercentres et fluidifier la circulation, elle s’est peu à peu transformée en lutte pure et simple contre la présence de voitures dans les villes. Moins de pollution, d’accidents, de bouchons… A première vue, cela peut sembler bénéfique à tous les niveaux. Cependant, la problématique est beaucoup plus compliquée qu’il n’y parait, car la voiture participe également au dynamisme économique des villes, d’autant plus depuis l’apparition des zones commerciales en périphérie. Retour sur l’imbrication complexe entre confort de vie, mobilité, économie et urbanisme.

La voiture, un moyen de circulation pointé du doigt en ville

« Les véhicules mécaniques sont devenus à la fois une gêne pour la circulation et loccasion de dangers permanents. Ils ont, de plus, introduit dans la vie citadine de nombreux facteurs nuisibles à la santé ». Dès 1933, le célèbre architecte Le Corbusier pointe du doigt les nuisances de la voiture en milieu urbain. Si son usage ne va pas décroitre au fil des ans, les critiques vont, quant à elles, se faire de plus en plus nombreuses à lencontre de ce qui reste le moyen de transport préféré des Français pour les courts trajets.

Pollution atmosphérique, sonore, kilomètres de bouchons, stress... Les critiques à légard des voitures en ville sont nombreuses. En plus de ces gênes physiques, les bouchons représentent un coût économique non négligeable, à en croire une étude réalisée par Inrix, un cabinet dinfo trafic. Selon cette étude, les embouteillages auraient coûté la bagatelle de 17 milliards d’euros à la France en 2013 ! Ce chiffre correspond à la somme des heures de travail perdues, du prix du carburant gaspillé et aux hausses de prix consécutives à la hausse des coûts de transport pour les entreprises.

Dans un tel contexte, il apparait logique de vouloir fluidifier le trafic. Pour cela deux méthodes non exclusives existent : multiplier les offres alternatives et/ou décourager les automobilistes de prendre leur véhicule.

mercredi 8 octobre 2014

Bâtiment et transition énergétique : se trompe-t-on de stratégie ?

Une loi, à elle seule, enclenche-t-elle une prise de conscience ? 
(source : mon-immeuble.com)


Alors qu’actuellement a lieu, à l’Assemblée nationale, l’examen des différents articles du projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte (PLTECV pour les intimes…), certains commentateurs, députés et experts s’accordent à dire que le bâtiment est le principal gagnant des dispositions discutées. Il faut néanmoins reconnaître que pour le béotien, le spectacle est tout autre.

En effet, la couverture médiatique – raccourcis médiatiques devrait-on dire – privilégie plutôt l’analyse de courte vue de certaines personnalités politiques, le pseudo-débat sur la part du nucléaire dans le mix énergétique ou encore la taxe carbone... La bataille d’amendement fait rage, les noms d’oiseaux pleuvent, les « obscurantistes » de droite s’opposent aux « sectaires » de gauche (pour résumer)… La faiblesse du débat parlementaire n’a d’égal que la compétence de certains députés et sénateurs dans les commissions : merci l’OPECST

Or, derrière les articles du PLTECV se cache en réalité une faiblesse originelle dans la manière de poser la problématique de la transition énergétique, notamment concernant le bâtiment.

mercredi 1 octobre 2014

Agence Qualité Construction : la modernisation d’urgence d’un organisme de prévention sous influence

L'Agence Qualité Construction : prévenir des désordres dans le bâtiment et 
améliorer la qualité de la construction (source : lewebinteractif.com)

L’Agence Qualité Construction (AQC) est une association loi 1901, mise en place par la loi de 4 janvier 1978, dite « loi Spinetta », relative à la responsabilité et à l’assurance dans le domaine de la construction. Au travers de ses trois activités principales – observation, prévention, communication –, l’AQC gère un dispositif d’alerte lui permettant d’identifier des désordres sériels à partir des remontées d’information sur les sinistres gérés par les assurances. Ainsi, le but de l’AQC est de promouvoir toute action permettant d’éviter sur long terme les malfaçons ainsi que de réduire le nombre et la gravité des désordres.

L’AQC est financée par les professions de la construction, dans le cadre d’une convention quinquennale entre 38 membres : organisations professionnelles, Etat (Ministères du Logement et de l’Ecologie/Energie) et autres agences publiques. Plus précisément, les acteurs s’engagent à une contribution volontaire collectée par les assureurs, ce qui fait un budget annuel aux alentours de 2,5 millions d’euros.

Le rôle de l’AQC est souvent méconnu et malgré tout central. En effet, les deux commissions qu’elle regroupe, la Commission Prévention Produits mis en œuvre (C2P) et la Commission Prévention Construction (CPC), jouent un rôle prépondérant dans le secteur du BTP, notamment la première. Et pas que de manière positive…

jeudi 25 septembre 2014

La fraude aux cotisations sociales : un mal croissant et qui cache une schizophrénie française

La fraude aux cotisations sociales dans le BTP : un mal incurable ? (source : ladepeche.fr)

Généralement, en France, le grand jeu concernant la fraude consiste à dénoncer tout ou partie de catégories socio-professionnelles et leur appétence aux prestations sociales, celles-ci étant bien évidemment trop généreuses et trop faciles à avoir. Le grand mérite du dernier rapport de la Cour des Comptes, publié le 17 septembre 2014, concernant l’application des lois de financement de la sécurité sociale, est ainsi de s’intéresser au volet recettes et non pas à celui des dépenses. En clair, focalisons nous sur « comment est financé notre système social » et surtout, « quelle est l’ampleur des moyens mis en œuvre par ceux qui le finance pour éviter de payer les cotisations sociales ? ».

En effet, celles-ci représentent plus de la moitié des ressources de la protection sociale en France, soit 346,2 milliards d’euros (17% du PIB). Or, comme le note la Cour, leur collecte repose sur un système déclaratif complexe, exposée à de nombreux risques d’erreur (omissions involontaires, ignorance ou mauvaise interprétation du droit…) ou pire, à des tentatives de fraude (c’est-à-dire actions commises intentionnellement). Toutefois, gardons-nous de penser (et dire) que la France est gangrenée par la fraude…

mercredi 17 septembre 2014

Qui veut de l’encadrement des loyers ?

L'encadrement des loyers : une bonne idée... mal fagotée 
(source : http://www.territoires.gouv.fr)

L’encadrement des loyers, proposé en 2012 dans le projet de loi sur le logement et l’urbanisme (ALUR), « seule politique de gauche » du quinquennat selon Cécile Duflot, a suscité une levée de boucliers de la part des professionnels et, inversement, une défense pied à pied de la part de la précédente ministre du Logement. Bien évidemment, les professionnels du secteur ont tiré à boulets rouges, parlant d’une élucubration de plus de la part du Gouvernement Ayrault, incitant les gouvernants à arrêter de succomber aux charmes de leurs muses idéologiques.

A regarder les arguments des uns et des autres, force est de constater que les personnes et organismes les plus acharnés (en soutien ou en opposition) ont continuellement biaisé le débat avec des arguments idéologiques voire dépassés. Arrivera-t-on un jour à faire une analyse réaliste de la situation, quel que soit la problématique, et à proposer des solutions justes et efficaces pour le bien de tous ? Vaste programme comme dirait l’autre. Pis, la loi est-elle pertinente dans un contexte de baisse des prix immobiliers ? En effet, selon certains spécialistes, nous serions à l’aube d’une phase de retournement, durable et significative.

jeudi 11 septembre 2014

De la durée de vie d’un bâtiment : conception, construction et gestion

Les trois dimensions de la vie du bâtiment : conception, construction et gestion
(source : http://www.cleantechrepublic.com)

La nécessité de construire pour loger les Français, dans les années 1960 et 1970, a eu pour conséquence de placer la conception et la construction d’un bâtiment, quel qu’il soit, comme les deux seules étapes étudiées et réalisées par les acteurs du BTP. Ainsi, historiquement, architectes et constructeurs ont une vision réductrice de leur activité mais également une tendance à la prétention. Ils seraient les seuls acteurs légitimes sur le secteur, ce qui n’est pas sans cocasseries quand on connaît les relations interprofessionnelles entre ces deux catégories.

Bien évidemment, cela est regrettable en bien des points : pour eux d’abord, car cette mentalité les empêche de prendre en considération l'ensemble des évolutions de leur secteur d’activité et d’en prendre la pleine mesure ; pour la Nation ensuite, qui voit dorénavant comme problématique centrale la question de la rénovation thermique.

De fait, une troisième dimension de la vie du bâtiment (faisons abstraction de sa démolition) apparaît : sa réhabilitation. Ainsi, les enjeux énergétiques et environnementaux actuels, au-delà d’avoir des répercussions sur la conception et la construction du bâtiment, ont également des aboutissants sur la gestion du bâti. En effet, il est rare en France d’avoir une gestion « à la chinoise » consistant à construire et détruire (disons tous les 15 ans) les bâtiments d’une zone afin de faire place nette à de nouvelles structures.

De fait, la réhabilitation des habitations est devenue une question centrale du gouvernement, peut-être même plus importante que la problématique de la construction de logements neufs. Sans revenir sur les aides financières à disposition ou encore les différents constats sur la politique actuelle en matière de rénovation énergétique des logements, intéressons-nous à une idée qui fait son chemin dans le milieu : la création d’une carte d’identité du bâtiment, permettant d’optimiser sa durée de vie.

mercredi 3 septembre 2014

L’emploi dans le BTP, symbole du désastre

L'emploi dans le BTP en plein marasme. Quid du futur ? (source : www.leconomistemaghrebin.com)


Le secteur de la construction fait la une des gazettes depuis quelques mois et encore récemment avec le plan de relance concocté par Manuel Valls. Mieux vaut tard que jamais dirons-nous, et les professionnels espèrent une inflexion rapide de l’activité grâce aux mesures annoncées. Car aujourd’hui, il est une courbe qui continue irrémédiablement sa course descendante : celle du nombre de salariés dans le secteur. A l’image des chiffres avancés récemment pour la Haute Corse. En un an, pas moins de 500 salariés ont déjà été licenciés sur les 6 000 emplois que représente la filière. En Aveyron, le bâtiment et les travaux publics représentent aujourd’hui 5 600 salariés. Ils étaient près de 7 800 il y a six ans et la fédération départementale table sur 500 suppressions en 2014.

L’emploi, à l’image du taux de chômage national, est bien le symbole du désastre que vit le secteur. Et personne n’en parle, tous focalisés sur le nombre de logements neufs en construction, les effets réels ou supposés de telle ou telle loi… Qui pense aux salariés ? La relance du secteur devrait ramener une création d’emplois, on l’espère. Mais le mal est plus profond : il y a un problème quantitatif (destruction ou création d’emplois) couplé à un enjeu qualitatif (la formation et l’employabilité des ouvriers, cadres, ingénieurs…). D’où le paradoxe suivant : la crise s’accompagne de difficultés à embaucher du fait d’un manque de compétences techniques, problème qui ira crescendo à l’avenir. 

mercredi 27 août 2014

Le politique en soutien à l’innovation : le rôle constructif mais méconnu de l’OPECST


Jean-Yves Le Déaut, Député PS et rapporteur du rapport de l'OPECST sur les freins réglementaires à l'innovation en matière d'économies d'énergie dans le bâtiment (source : lemoniteur.fr)

A l’heure où la parole politique semble décrédibilisée, où le manque de confiance sape notre économie, où les hommes et femmes politiques se retrouvent vilipendés pour des tas de raisons (n’oublions jamais que nous avons le personnel politique que nous méritons…), il est nécessaire de mettre en avant certains mécanismes ou institutions qui, par leur travail et leur rôle, permettent d’entrevoir une évolution positive pour notre pays, tant au niveau politique, économique que sociétal. Le méconnu Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) est un de ses phares qui devrait briller un peu plus.

En effet, quelque chose est en train de changer au sein des instances de normalisation françaises en charge du secteur de la construction. Impossible de dire combien de temps cela prendra et quel en sera le résultat. Mais deux choses peuvent d’ores et déjà être précisées :

  • Ce sera à la fois des changements institutionnels mais également psychologiques.
  • L’OPECST aura joué un rôle des plus appréciables, par ses études et recommandations.

jeudi 31 juillet 2014

Domotique : le grand chambardement

Qui l'eût cru il y a à peine une décennie ? Un téléphone pour gérer sa maison ?! 
(source : lesnumeriques.com)

Si la domotique existe depuis de nombreuses années, elle connait actuellement une révolution importante : l’arrivée des géants de la high tech (Google, Samsung et Apple), s’emparant graduellement d’un marché en ébullition tout en se livrant une lutte sans merci pour équiper les maisons du futur. Néanmoins, derrière la démocratisation du contrôle des objets connectés, il faut bien avoir en tête que plusieurs révolutions sont en gestation : pour le client d’une part, qui verra sa vie simplifiée, et pour les entreprises du secteur (les historiques comme les nouveaux entrants), qui devront définir les frontières d’un nouvel environnement. 

La domotique, kesako ? 

Concrètement, la domotique correspond à l’ensemble des technologies de l’électronique, de l’information et des télécommunications utilisées dans les domiciles. Ces technologies ont pour but d’assurer des fonctions de sécurité, de confort, de gestion d’énergie et de communication qui peuvent se trouver dans une maison. Littéralement, le mot domotique vient du latin domus, qui signifie la maison, et par analogie avec électronique. Cette simple analyse étymologique montre bien que ces deux mondes sont aujourd’hui liés.

Ainsi, le terme domotique est apparu au début des années 1980 et a suscité beaucoup de fantasmes, beaucoup trop même. En effet, lorsque les responsables administratifs et les grands groupes non spécialisés entendent parler du concept, ils ne peuvent s’empêcher de l’évoquer et de faire rêver le grand public, arguant que la domotique apportera sous peu des services révolutionnaires dans la maison. Or, la technologie ne suit pas encore, la domotique est encore balbutiante, si bien que l’engouement s’estompe.

mercredi 23 juillet 2014

Casques jaunes et apprentissage à la française

 
Le mouvement des casques jaunes surprend par son ampleur (source : www.casques-jaunes.fr)


Il y a quelques semaines le CCCA-BTP, premier réseau d'apprentissage dans le secteur du BTP, lançait une campagne de communication afin de promouvoir sa filière et surtout l'immense vivier de jeunes qui la composent. Le réseau, qui regroupe quelques 103 centres de formation et d’apprentissage (CFA), cherche ainsi à redynamiser une filière ainsi qu'une méthode de formation encore trop mal perçue en France. 

Maçon, menuisier, peintre, électricien, chauffagiste… Le secteur du BTP est aujourd'hui un géant qui regroupe plus d'une centaine de professions différentes. Selon les chiffres publiés sur l'observatoire du BTP, il regroupe 519 140 entreprises et fait vivre plus d'1,3 million de personnes en France. Problème : les entreprises ont actuellement du mal à faire une place aux apprentis. Et pour cause : 62% des entreprises n'ont pas de salariés, et 94% en comptent moins de 10. Or, dans les TPE bien plus qu'ailleurs, un nouveau salarié est avant tout perçu comme un risque, comme le rappelle Christophe Legardinier, artisan plombier : « Si l'apprenti n'est pas motivé, il peut devenir une charge pour l'entreprise. Et il n'y a aucun moyen d'être sûr à 100%, au moment de l'embauche, que l'apprenti sera bon ».

Le problème est donc le suivant. Alors que les prévisions à moyen terme sont plutôt pessimistes, l'apprentissage se retrouve en grandes difficultés : au-delà des mauvaises perspectives, l'image qu'ont les employeurs des apprentis est problématique, poussant ces derniers à se mobiliser pour faire entendre leur voix. 

mardi 15 juillet 2014

UFC-Que Choisir où l’art de taper là où ça fait mal (2ème partie)

UFC-Que Choisir choisit l'offensive (source : http://www.quechoisir.org)


L’enquête d’UFC-Que Choisir a le mérite de la clarté : une mention RGE résumée à « rien ne garantit l’efficacité » mais surtout une proposition qui mérite débat. En effet, la mise en place d’un architecte-énergéticien, qui deviendrait le garant d’une rénovation énergétique bien tangible permettrait de minimiser les coûts financiers, et inversement, maximiser les bénéfices environnementaux. [la première partie de l'article est disponible ici]

Toutefois, cette proposition revient à établir un nouvel acteur, ayant un rôle central dans les travaux de rénovation. Pour le dire autrement, UFC-Que Choisir, en constatant la faillite du système, propose un acteur qui viendrait contrecarrer la place centrale de certains professionnels historiques actuels, et donc sévèrement vérifier la valeur ajoutée qu’ils retirent du business de la rénovation. Ainsi, en ayant un rôle de contrôleur de toute la chaîne de valeur, l’architecte-énergéticien fusionne les fonctions de maître d’œuvre et de coordonnateur des acteurs en présence, et ce au profit du consommateur.

En effet, c’est l’une des conclusions de l’enquête : certains (beaucoup) professionnels abusent de la complète méconnaissance des clients pour en tirer avantage. La rénovation énergétique semble être ainsi un nouveau champ d’action d’escrocs en tout genre. Comme le note Nicolas Mouchnino, l’auteur de l’étude, « la majorité des devis des indépendants était supérieure de 10% à 15% aux prix de marché ».

Ainsi, les bonnes idées ont le don de révéler le dessous des cartes de systèmes où chacun y trouve son avantage (souvenez-vous de l’écotaxe). Autant dire que l’enquête et les propositions de l’association de consommateurs ont été diversement appréciées par les acteurs en présence… Et certains l’ont dit de manière peu diplomatique. 

jeudi 3 juillet 2014

UFC-Que Choisir où l’art de taper là où ça fait mal (1ère partie)

Selon UFC-Que Choisir, il y a urgence à réformer le système (source : geoplc.com)

La rénovation énergétique aurait pu être une des portes de sortie de crise du bâtiment. Malheureusement, trop peu a été fait jusque-là malgré des déclarations péremptoires. Pour le président du Plan bâtiment durable, Philippe Pelletier, deux ans ont été perdus après l’annonce faite par François Hollande de porter à 500 000 le nombre de logements rénovés. « Jusqu’en septembre 2013, le sujet n’a pas été traité de manière très active. Nous en sommes aujourd’hui au stade de la mise en mouvement ». Mais au-delà du volontarisme politique, c’est tout le système qui est en cause. Ce qu’a démontré clairement la dernière enquête d’UFC-Que Choisir. 

UFC Que-Choisir, le trublion de la consommation  

Est-il nécessaire de présenter UFC-Que Choisir ? Association loi de 1901 créée en 1951, ses objectifs sont immuables : informer, conseiller et défendre les consommateurs. Réunissant près de 154 associations locales et plus de 150 000 adhérents, elle tient 350 points d’accueil répartis sur l’ensemble du territoire. Autant dire que sa force de frappe est bien réelle. Chaque année, elle sort des guides d’achats, des analyses sur les innovations produits, des tests et comparatifs grandeur nature, propose des lettres types afin de faire valoir ses droits, mène des enquêtes de terrain, des actions en justice sur la base d’analyses technico-économiques…

jeudi 26 juin 2014

Nomination de Sylvia Pinel : déclassement ou centralité de la question du logement ?

La crise du logement oblige Manuel Valls à réagir... et Sylvia Pinel à regarder (source : lejdd.fr)

Ne nous le cachons pas. Le départ de Cécile Duflot a été plus qu’apprécié par une (grande) partie de la profession. Politiquement, l’ex-secrétaire d’EELV avait un certain poids et donnait du fil à retordre aux organisations patronales. Certes, un ministre fort pour une question aussi cruciale, sur fond de crise, est très important. Il peut ainsi porter les enjeux du secteur au plus haut niveau de l’Etat et négocier à son avantage les crédits budgétaires. Néanmoins, si ce poids politique est utilisé pour mettre en œuvre des lois qui ne répondent qu’à une petite partie des difficultés du secteur, à quoi cela sert-il ? La problématique centrale du BTP depuis deux ans, c’est la dynamique de croissance (construction de logements, rénovation du bâti). Pas l’encadrement des loyers (même s’il y a çà et là des abus).

Ainsi, on peut débattre à l’envi du bilan de Cécile Duflot au Ministère du Logement. Selon les arguments, on sera classé à gauche ou à droite, de plus ou moins de bonne foi, etc. Mais les faits sont têtus et il n’est pas usurpé de dire que la dure réalité du secteur aujourd’hui est un désaveu complet de la politique mise en œuvre depuis 2012. Certes, on peut toujours marteler que la loi ALUR est l’une des seules lois « de gauche » du quinquennat – on en est à ce niveau-là… – le mal est fait.

En effet, on s’achemine tout de même, en 2014, vers un plus bas historique dans la construction de logement neuf !! Or, selon les spécialistes, il en faudrait au moins 350 000 pour absorber le choc démographique. Sans parler du marché de la rénovation, plus que faiblard alors que les enjeux sont tout aussi conséquents.

mercredi 11 juin 2014

L’immobilier en Europe ? Aussi hétérogène que les pays la composant...

Une Europe, des marchés immobiliers, des tendances contradictoires (source: infoimmo.fr)


En France, la messe est dite. Le secteur de la construction va rester en plein marasme jusqu’à la fin 2015… Le constat actuel est saisissant mais également paradoxal : un point bas historique concernant le logement neuf, soit 300 000 constructions cette année (en restant optimiste, alors qu’il y en avait plus de 450 000 en 2007) ; le marché de la rénovation au niveau zéro ; des ventes en baisse mais une incidence positive sur les prix (baisse salvatrice dans certaines régions, dont Paris). Pis, ce serait – paraît-il – le meilleur moment pour acheter… On se pince ?!

Pour 2014, les mauvaises langues n’annoncent qu’une seule bonne nouvelle : l’éviction de Cécile Duflot du Ministère du Logement et son remplacement par Sylvia Pinel. Première étape d’une stratégie visant à redynamiser le secteur ? On pourrait le croire : le gouvernement réfléchirait à des mesures correctrices pour atténuer l’héritage désastreux de la députée EELV. Pourtant, il y a de quoi faire, ne serait-ce que concernant la rénovation énergétique

Cette situation est-elle observable dans d’autres pays européens ? A vrai dire, les situations sont aussi différentes qu’il n’y a de pays. Le contexte économique mais également les particularismes locaux sont des facteurs importants. Toutefois, il existe bel et bien une frontière entre l’Europe du Nord et les pays du pourtour méditerranéen. 

Les nouveaux isolants naturels : fumisterie ou innovation ?

Les billes d'argile expansée, isolant efficace ou fausse innovation opportuniste ? (crédit : Samuel Grant)
Avec le développement du concept de matériaux "naturels", la liste des produits isolants ne cesse de s'allonger. Mais si certains produits ont d'ores et déjà prouvé leur efficacité dans des projets d'ampleur, comme la paille ou la laine de bois par exemple, d'autres apparaissent pour le moins farfelus. Citons, pêle-mêle, la terre, l'argile expansée, la chèvenotte, le textile recyclé, les plumes de canards ou encore la laine de mouton. Réelle innovation (quand ce n'est pas la remise au goût du jour de matériaux dont les produits sont connus depuis toujours) ou éco-arnaque, la question se pose aujourd'hui de savoir si le terme de "naturel" n'a pas été galvaudé pour devenir plutôt un concept marketing qui flirte de plus en plus avec le greenwashing.

Le terme de "naturel" est en effet très ambigu et recouvre plusieurs concepts, comme le "biosourcé" ou les "éco-matériaux". Selon le Portail de l'énergie en Wallonie, le terme d'isolant "naturel" désigne les matériaux constitués à 85% minimum de fibres végétales, animales ou de cellulose. Toutefois, pour le Ministère français de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie, cette définition est plutôt celle du biosourcé, qui désigne "les matériaux issus de la biomasse d'origine animale ou végétale" comme le chanvre, le lin, la paille, la laine de mouton, etc. Par extension, le terme "naturel" désignerait en France les matériaux non synthétiques, c'est-à-dire d'origine animale, végétale, mais aussi minérale, et qui auraient subi une transformation minime.

mardi 27 mai 2014

La rénovation énergétique peut-elle sortir le secteur du bâtiment de la crise ?

La rénovation énergétique est-elle le phénix qui naît des ruines du secteur en crise ? (crédit : nicolaspont.fr)
La situation économique désastreuse du secteur du bâtiment en France peut-elle encore être qualifiée de crise ? En effet, le concept de crise suppose un changement brutal de la conjoncture (à la baisse), dont les conséquences sur l'économie en général et le BTP en particulier peuvent être plus ou moins longues. Mais après six ans de répliques du séisme économique de la "crise" des subprimes de 2008, il semble que le terme ne soit plus adapté pour qualifier la dépression dont souffre le BTP. Pis, il semble même y avoir des causes plus lointaines, profondes et durables. A tel point que les analystes doutent que le redémarrage de la croissance puisse entraîner celui du secteur. Dans ce contexte, un seul anxiolytique semble faire ses preuves : la rénovation énergétique.

Plus la crise s'éloigne, et plus la situation semble empirer. Le scénario catastrophe, évoqué par Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision chez Xerfi, apparaît déjà comme une suite logique, tant l'optimisme de la relance annoncée a été éteint par les derniers résultats publiés. Si les ventes des promoteurs ont légèrement frémi, avec une hausse de 3%, elles restent très basses comparées à celles de 2010 (-36%) ! De manière générale, l'offre de logements neufs continue de diminuer, selon les derniers chiffres de l'Observatoire de la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI), avec une chute de 17,2% en 2013 (soit -38% par rapport à 2010). Les résultats du premier trimestre 2014 montrent toutefois que ce chiffre se stabilise, avec une baisse très légère de 0,6%. Signe des temps, les ventes en accession, qui représentaient 60% du marché en 2013, se sont effondrées dans la même période de 5,7%. Selon les prévisions, ce sont les ventes à investisseurs qui représenteront la majorité des ventes en 2014 (contre 40% en 2013). La confiance des particuliers aussi est en berne.

mercredi 14 mai 2014

Signal d'alarme sur la qualité de l'air intérieur

Comme en 2013, le thème principal de l'édition 2014 des Défis Bâtiment et Santé portera sur la qualité de l'air intérieur (crédit : Defisbatimentsante.fr)
Si les excuses dont fourmillent les collégiens pour tirer au flanc prêtent souvent à sourire, certaines d'entre elles s'avèrent plutôt inquiétantes. C'est le cas notamment au collège Jean Moulin d'Artyx, dans le Béarn, dont 188 élèves (et un professeur) se plaignent de maux de tête, de vertiges et de difficultés respiratoires depuis plusieurs mois, entraînant la fermeture temporaire de l'établissement. Si pour l'inspecteur d'Académie "l'autosuggestion" (hypocondrie liée à une épidémie de flémingite aigüe) explique le phénomène, les experts penchent plutôt pour une dégradation de la qualité de l'air intérieur, due à des émissions de formaldéhyde. Une hypothèse loin d'être farfelue et de plus en plus symptomatique des craintes des autorités en matière de santé publique.

La notion de qualité de l'air intérieur (QAI) cherche à déterminer si l'air des espaces clos, espaces publics (dont les transports en commun), privés (habitation, mais aussi voiture) ou lieux de travail, est suffisamment sain pour y vivre sans développer de pathologies particulières. En effet, chaque Français passe en moyenne 80 à 90% de son temps en intérieur, respirant quotidiennement 15 000 litres d'air. C'est pourquoi, pour les autorités et nombre d'experts, la qualité de l'environnement des individus, et tout particulièrement celle de l'air intérieur, est devenue centrale dans la prévention et le traitement des risques sanitaires pour les populations.

mardi 29 avril 2014

Le travail détaché : un sujet brûlant

Le travail détaché, responsable de la perte d'emplois dans le secteur du BTP en France ? (crédit : Johner Images/Getty Images)
Le 16 avril dernier, le Parlement européen a adopté à Strasbourg le projet de directive sur les travailleurs détachés au sein de l'Union européenne. Son objectif : durcir les conditions d'accès à ce statut et renforcer les contrôles, notamment dans le secteur du BTP. Une réponse attendue avec impatience par les syndicats et les organisations professionnels du secteur, dont les doléances portaient sur la concurrence déloyale et le dumping social qu'introduisait la fameuse directive de 1996. Pour autant, ce sujet aux enjeux si lourds est loin d'être clos, tant les esprits se trouvent exacerbés par une conjoncture économique difficile et par la campagne des prochaines élections européennes de mai 2014.

La notion de travailleur détaché désigne, selon la directive 96/71/CE concernant le détachement de travailleurs effectué dans le cadre d'une prestation de services, "tout travailleur qui, pendant une période limitée, exécute son travail sur le territoire d'un Etat membre autre que l'Etat sur le territoire duquel il travaille habituellement". Le travailleur détaché remplit donc une mission ponctuelle, et n'est pas considéré comme étant un expatrié, qui lui travaille "habituellement" à l'étranger. Seule réglementation : "les entreprises garantissent aux travailleurs détachés sur leur territoire les conditions de travail et d'emploi qui sont fixées dans l'Etat sur le territoire duquel le travail est exécuté". Le système est alors avantageux pour l'employeur, car les charges sociales appliquées sont celles du pays d'origine.

jeudi 17 avril 2014

Le traitement des déchets du BTP, une impérieuse opportunité ?

Le traitement des déchets du BTP, un vrai enjeu pour les années à venir (crédit : Groupe Moniteur)
Il y a un peu plus d'un mois, le PDG de Veolia, Antoine Frérot, présentait à Arnaud Montebourg, ex-ministre du Redressement productif, les cinq thèmes principaux du plan "Recyclage et matériaux verts" lancé dans le cadre de la Nouvelle France industrielle. L'un d'entre eux est entièrement consacré au recyclage des déchets du BTP, aujourd'hui au centre des préoccupations. Car face aux enjeux et impératifs financiers, environnementaux et sanitaires, il est urgent de faire du traitement des déchets une priorité de l'action de l'Etat et de tous les acteurs du secteur de la construction. Paradoxalement, des solutions innovantes, suivant le principe de la valorisation des déchets, émergent pour faire de la question une véritable opportunité pour diminuer notre consommation de ressources.

La problématique de la gestion des déchets du BTP est loin d'être anecdotique. Selon une étude de l'ADEME datant de 2008, le part du BTP dans la production totale française de déchets était de 40%, soit environ 360 millions de tonnes. A titre de comparaison, l'agriculture et la sylviculture en représentent 43%, et la consommation des ménages 4%, soit 28 millions de tonnes. Mais si l'on considère les seuls déchets inertes, la part de la production du BTP s'élève à 90% ! Ainsi, 93% de ces déchets sont issus de la seule activité de démolition, et seulement 7% de la construction elle-même. Le compteur en temps réel du Planetoscope est en ce sens éloquent : depuis le 1er janvier (au 16 avril 2014 à 11h30), la production de déchets issus du BTP était de 98,2 milliards de kilos en seulement quatre mois !

jeudi 10 avril 2014

Bilan : l'erreur fondamentale de Cécile Duflot

Passation de pouvoir entre Cécile Duflot et Sylvia Pinel le 2 avril 2014 (crédit : François Guillot/AFP)
"Pendant presque deux ans, j'ai mis toute mon énergie à m'attaquer aux racines de la crise du logement, qui touche encore des millions de personnes, et c'est insupportable". C'est par ces mots que Cécile Duflot a résumé son action politique au sein du gouvernement, au moment de quitter le Ministère du Logement et de l'Egalité des Territoires le 2 avril dernier. Et si personne ne doute de son investissement, rares sont toutefois les commentateurs et observateurs qui estiment les objectifs remplis. A commencer par le chiffre "insensé" de 500 000 logements, qui résonne d'ailleurs comme le symbole de l'échec du politique pour résoudre la crise du secteur. Pour autant, dans un contexte difficile, Cécile Duflot disposait-elle réellement des moyens pour remplir les objectifs fixés conjointement par l'Elysée et Matignon ? Pour Cécile Duflot, c'est l'heure du bilan.

Il y a une chose sur laquelle s'accordent les commentateurs de la vie politique et les acteurs du secteur de la construction, c'est que durant son mandat, Cécile Duflot "n'aura pas chômé". En un peu moins de deux ans, elle a ainsi fait preuve d'une intense activité législative. Pas moins de deux lois d'ampleur adoptées par le Parlement et sept ordonnances : mobilisation du foncier public, loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR), Garantie Universelle des Loyers (GUL), abrogation de la loi sur la majoration des droits à construire, dispositif "Duflot" en remplacement du dispositif "Scellier", transfert des compétences d'urbanisme aux intercommunalités (PLUi)... sans oublier la fameuse loi d'habilitation permettant de légiférer par ordonnances. A cela, il faut également ajouter deux plans majeurs, destinés à relancer le secteur de la construction et de la rénovation énergétique : le Plan d'Investissement du Logement (PIL) et "Objectifs 500 000", dont le but est de rassembler tous les acteurs du marché afin de doper la construction de logements en France.

vendredi 4 avril 2014

Pronostic vital engagé pour le Diagnostic de Performance Energétique ?

Imagerie thermique et Diagnostique de Performance Energétique (crédit : Clamart.fr)
Entré en vigueur en 2007, le Diagnostic de Performance Energétique, le fameux DPE, se voulait un outil à la fois pédagogique et contraignant pour inciter les propriétaires et les bailleurs à se lancer dans l'aventure de la rénovation énergétique. Mais depuis ses débuts, et malgré la réforme de 2012, le DPE peine toujours à convaincre. Les critiques sont nombreuses : opérateurs incompétents, évaluations aléatoires, voire farfelues, absence de contrôles, etc. Pour certains observateurs avisés, il est même devenu l'objet d'un lobbying intense pour promouvoir certains types d'énergies au détriment des concurrents. Bref, alors que les efforts pour la promotion de l'efficacité énergétique s'intensifient, un de ces outils principaux voit son pronostic vital engagé : remède à trouver d'urgence !

Le DPE, à ses débuts, avait pourtant tout de la bonne idée : il s'agissait de responsabiliser les propriétaires et les bailleurs en informant les acheteurs et les locataires des performances énergétiques de leur futur logement. A partir de quatre critères - consommation annuelle d'énergie en kWh et en euros, positionnement en consommation d'énergie/m2/an, en émission de gaz à effet de serre (GES)/m2/an et état des lieux des données clés (isolation, équipements, constitution des murs, de la toiture, des fenêtres, chaudière, etc.) - le DPE établit un classement des logements, sur une échelle allant de A (la meilleure note) à G. Valide pour une période de 10 ans, il offre également des recommandations pour améliorer les performances de l'habitation.

jeudi 27 mars 2014

Le Grand Paris : de l'utopie à l'évidence en passant par la polémique

Le Grand Paris n'est plus une utopie (crédit : societedugrandparis.fr)
L'expression est présente dans les programmes de tous les candidats aux élections municipales à la mairie de Paris (et des autres communes concernées). Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, le Grand Paris est "une nécessité d'élargir les frontières de notre capitale à un cadre plus vaste que celui qui est imposé par le périphérique". Anne Hidalgo en fait pour sa part une de ces thématiques de campagne, car selon elle, "le Grand Paris est l'échelle pertinente pour agir" sur des dossiers majeurs comme le logement, les politiques sociales, les transports, l'économie et la transition énergétique. Le point de vue de Wallerand de Saint-Just est sans quiproquo : une nécessité, mais pas sous la forme voulue par l'équipe municipale "qui s'avère dangereux aux noms des finances publiques et de la démocratie". Pour les élus d'EELV, le message se résume à "une métropole du Grand Paris : oui, mais restons vigilants !". Bref, le projet d'un Grand Paris ne fait plus vraiment débat aujourd'hui. Mais il reste toutefois à définir quel sera son vrai visage aux yeux de ses habitants, des Français et du monde.

L'idée d'un Grand Paris n'est pas si récente. Selon l'historien et économiste Patrice de Moncan, Napoléon III était le premier à évoquer le projet d'un Paris s'étendant de Saint-Germain-en-Laye à Marne-la-Vallée. Mais il a fallu plus d'un siècle de bouleversements urbains et d'évolution des mentalités pour que le projet prenne de la consistance. Le 19 décembre 2013, le Parlement adopte ainsi le Grand Paris dans le cadre de la loi du 27 janvier 2014 sur la modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles, qui prendra effet au 1er janvier 2016. Elle définit de fait le Grand Paris comme l'agrégation des communes de Paris et des trois départements limitrophes, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne, sous une seule et unique métropole.

vendredi 21 mars 2014

La mobilité, un facteur de mutation urbaine

Mobilité et verticalité dans la ville de demain (crédit : noosfere.org)
Qui l'eût cru ? La mesure de circulation alternée, mise en place lundi à Paris et alentours, a été, si l'on reste au premier niveau d'analyse, un succès : 25% à 30% de bouchons en moins (voire même 60% sur certains axes aux heures de pointe) ; seulement 143 kilomètres d'embouteillage en Ile-de-France (contre deux fois plus habituellement) ; 90% de véhicules à numéro impair, 5 122 contraventions ; 61% et 33% de hausse respective des locations pour le Vélib' et l'Autolib'. Cette mesure (presque) nouvelle en France (elle existe par exemple à Sao Paulo sous le nom de "rodízio municipal") a modifié sur une journée la manière dont la population de Paris appréhende les transports quotidiens : transports publics, vélo, covoiturage et même congés exceptionnels. L'espace urbain lui-même s'en est trouvé modifié avec la réduction de la pollution, des nuisances sonores mais aussi de la pollution visuelle. Le signe que peu à peu, les "nouvelles" mobilités peuvent changer la ville.

Les campagnes électorales, et notamment celles pour la Mairie de Paris, sont révélatrices des enjeux qui entourent la question des transports en milieu urbain. Si ces derniers continuent de répondre à leur mission première, à savoir permettre le déplacement quotidien des habitants, ils sont aujourd'hui confrontés à des contraintes contradictoires : d'un côté, ils doivent être plus performants, plus rapides et plus denses ; de l'autre, ils sont censés être sûrs, rentables, peu onéreux tout en étant respectueux de l'environnement et silencieux. Un vrai casse-tête chinois ! Or, aujourd'hui, et c'est ce qui apparaît dans la plupart des programmes politiques, le débat sur les transports à Paris oppose les détracteurs de la voiture, qui considèrent que ses nuisances sont trop importantes par rapport à ses apports en milieu urbain, face à ses partisans, qui n'y voient pas d'alternatives crédibles.

jeudi 13 mars 2014

Passiv'Haus ou le génie allemand de la normalisation

Le deuxième maison certifiée Passv'Haus en France en 2010 (crédit : blog.reflexdeco.fr)
Passiv'Haus. Ce nom allemand n'est pas plus inconnu en France qu'il ne laisse indifférent. Car si le BBC, grâce à la RT 2012, s'est inscrit comme le label de référence en matière de performance énergétique des bâtiments, de nombreux opérateurs ont déjà les yeux tournés vers la prochaine étape de cette lutte contre le gaspillage : le bâtiment passif. Or, dans ce domaine, la certification Passiv'Haus est devenue depuis belle lurette une référence en Allemagne et en Scandinavie, et commence à faire peu à peu des émules en France. Mais ce développement ne se fait pas sans grincement de dents, tant le modèle allemand, si rigoureux, apparaît lourd et coûteux. Entre le BBC et le nouveau venu Bepos, que cache le label Passiv'Haus qui souhaite s'inscrire comme une étape vers la RT 2020 et les bâtiments à énergie positive ?

Le Passiv'Haus, concept de bâtiment très basse consommation signifiant "maison passive", est loin d'être si nouveau. Il s'inspire en effet des normes Niedrigenergiehaus (littéralement "basse consommation"), parues dans les années 1970 en Allemagne et destinées à l'habitat dans les pays froids. Les principes du Passiv'Haus ont été clairement définis en 1988 par deux universitaires, le Suédois Bo Adamson et l'Allemand Wolfang Feist. La première maison passive a ensuite été construite selon ces critères dès 1990 à Darmstadt, dans le Land de Hesse, permettant de réaliser une économie de 90% des besoins énergétiques destinés au chauffage par rapport aux performances de l'époque. 6 ans plus tard était créé le Passivhaus Institut, un organisme de certification des habitations répondant aux critères du Passiv'Haus. Ainsi, si le Passiv'Haus a 10 ans d'avance sur la RT 2012, il en avait en réalité plutôt 22 !